Le Festival Togographie de Nantes est un carrefour artistique où les mémoires du Togo dialoguent avec celles de sa diaspora. Entre projections, expositions et performances, le festival porté par l’association Polychroma inscrit l’art contemporain togolais dans une réflexion plus large sur la transmission, l’exil et les identités hybrides.
Prévu, tout au long du 9 au 23 mai dans plusieurs espaces culturels nantais, l’événement s’inscrit dans le cadre du « Mois des Mémoires » de la Ville de Nantes. Une initiative qui prend une allure particulière lorsque l’on sait combien les trajectoires entre l’Afrique de l’Ouest et les ports atlantiques européens restent marquées par l’histoire des circulations humaines, volontaires ou forcées.
Au programme de Togographie, plusieurs rendez-vous pour mettre la lumière sur les créations qui interrogent les héritages culturels togolais sous des formes contemporaines. Parmi elles, la projection du film Femme Ebène attire particulièrement l’attention. Réalisé par Rachel Kpizing, le film rejoint une programmation qui donne une place importante aux voix féminines et aux récits afrodescendants.
Mais au-delà de la simple diffusion d’œuvres, Togographie revendique une approche plus immersive : celle d’un festival où les arts visuels, la musique, le cinéma et la mémoire collective se rencontrent dans un même espace sensible.

L’un des noms associés à cette dynamique est celui d’Ametek Amofo, figure discrète mais importante de l’histoire des musiques urbaines togolaises. Ancien sociétaire du groupe Djantakan, considéré comme l’un des précurseurs des mouvements raps togolais, il apparaît aujourd’hui comme l’un des passeurs entre les générations artistiques.
Co-concepteur du projet Ago Gazo, il participe à cette nouvelle scène diasporique qui refuse les frontières esthétiques figées. Le projet développe un univers sonore hybride où percussions togolaises, chants traditionnels, machines analogiques et synthétiseurs modulaires se croisent dans une tension presque organique. Une musique qui ne cherche ni l’exotisme ni la nostalgie, mais une forme de transe contemporaine.
Cette idée de métissage culturel traverse justement l’ensemble du festival. Dans les affiches de l’événement comme dans sa direction artistique, les références aux symboles africains s’associent à des codes graphiques modernes, presque expérimentaux. Le Togo y apparaît moins comme une carte postale folklorique que comme un territoire vivant de création, de mémoire et de mutation.

À Nantes, ville historiquement liée aux routes maritimes et aux mémoires de la traite transatlantique, Togographie prend alors une dimension supplémentaire. Celle d’un dialogue entre héritage historique et création contemporaine. Les artistes invités ne viennent pas seulement montrer des œuvres ; ils viennent aussi interroger les récits dominants, les silences historiques et les formes nouvelles d’appartenance culturelle.
L’exposition Métamorphoses et Témoins, prévue du 18 au 23 mai, prolonge cette réflexion en donnant à voir des créations où le corps, la mémoire et les symboles deviennent des terrains d’expression. Quant au ciné-débat autour de Domenyivu – Naître artiste au Togo, il ouvre une discussion essentielle sur les conditions de création artistique dans un pays où les infrastructures culturelles restent fragiles malgré une vitalité créative incontestable.
À travers Togographie, une autre image du Togo se dessine : celle d’une scène artistique en mouvement, connectée au monde, mais profondément attachée à ses récits intérieurs. Une scène qui transforme la mémoire en matière vivante plutôt qu’en simple archive.
Aklesso TEBIE, authentiquement
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